Baraques... à frites! De Pierre Bonte

Publié le par une-annee-dans-le-npdc.over-blog.com

La baraque à frites est typique de la région du Nord-Pas-de-Calais.

 

Exercice: Lis cet article, puis réponds aux questions:

 

Ils sont tous Nordistes. Certains ont quitté leur région d'origine pour aller faire carrière à Paris mais ils sont tous restés attachés à une image qui a enchanté leur enfance : la baraque à frites ! Alors ils se sont réunis pour rendre hommage à cet élément typique – et menacé - du paysage nordiste, dans un petit livre savoureux et plein d'images : Le Nord de la frite.

 

Combien en reste-t-il ? Environ 300, selon le président de "L'Amicale de la Frite", sur les deux départements du Nord-Pas de Calais, alors qu'on en a compté jusqu'à 8000. Les premières baraques sont apparues en Belgique vers 1860, à proximité des usines. Elles offraient au prolétariat de l'époque une restauration rapide et pas chère. Puis, avec le développement du chemin de fer, elles ont accompagné la construction des gares, avant de se multiplier le long des routes quand l'usage de la voiture s'est démocratisé. Provisoire et mobile par définition, la baraque à frites n'a cessé de suivre ainsi le chaland, en se greffant de préférence sur ses lieux de loisirs: au bord des plages, à l'avènement des congés payés… dans les ducasses, où la puissante odeur de la friture se mêlait à celle de la barbe à papa et des pralines… sous les tribunes des stades... C'est pour cela qu'elle est souvent associée, dans la mémoire, à l'image de la fête.

"Des vraies, à la graisse de cheval !"

Christophe Salengro, le 'président" de Groland sur Canal Plus, se souvient : "Les frites, j'y avais droit surtout avec mon père, quand on allait au foot au stade Bollaert à Lens, voir les Sang et Or... Des frites, mais des vraies : à la graisse de cheval. Celle qui vous imprègne bien partout : les cheveux, le pull-over, l'anorak…"   

La graisse de cheval a toujours ses inconditionnels. On l'utilisait beaucoup autrefois, dans le Nord-Pas de Calais, parce que c'était la moins chère. Elle venait des nombreux chevaux qui travaillaient dans les galeries de mines de charbon pour tirer les chariots. Mais elle a été supplantée aujourd'hui par la graisse de boeuf, livrée en pavés qu'on laisse fondre tout doucement dans la marmite… et qui résiste assez bien, jusqu'à présent, à la concurrence de l'huile d'arachide.

Vous avez aussi les nostalgiques du cornet en papier, avec le tour de main de la marchande, qui s'indignent de la généralisation de la barquette...

Mais tous s'accordent pour proclamer que la frite de baraque se mange avec les doigts. C'est pour ça qu'elle est bien meilleure que les frites de la maison, souligne Jacques Duquesne. Les petites fourchettes en plastique, qu'on trouve sur le comptoir, "c'est bon pour les Anglais !"

  

Chez Mimi ou chez Dédé

 

 

"La singularité de la frite, quand elle est servie en baraque, est d'être un accompagnement devenu plat principal", note Richard Klein. Ici, c'est elle qui tient le premier rôle. C'est elle qui se fait accompagner par le hamburger, le sandwich ou la saucisse. Le plus souvent elle se suffit à elle-même, d'ailleurs. Mais l'attraction majeure reste la baraque : caravane aménagée, bloquée avec des parpaings ou des cales en bois, camionnette customisée ou chalet démontable.

Ecoutez le comédien Jacques Bonnaffé : "Mi, dans la frite, ch'est pas tant les frites que j'aime, ch'est l'baraque ! Puant la graisse mais toudis propre sur elle…" Il faut lire le très beau texte qu'il lui consacre dans "Le Nord de la frite", où les hommages, les mots tendres se succèdent, au fil des pages :

"On y va pour ses frites mais aussi pour le patron ou la patronne, dont le nom est souvent inscrit sur le toit : chez Mimi, chez Dédé, chez Paulo… " (Cyril Ducrot). "Et puis il y a la qualité de la conversation pendant qu'on attend. Mine de rien c'est important ce qu'on se raconte… Et le spectacle :  la graisse qui bout, qui déborde, qui fait peur comme un volcan…  la valse des frites de panier en panier qui finissent dans la barquette sous une douche de vinaigre…", ajoute Gille Defacque, pour qui rien ne peut remplacer "la baraque à frites rencontrée par surprise au détour d'une route, le dimanche soir… Alors là, c'est Byzance, c'est Macao, c'est d'lor, quoi !"

Chacun y va de son souvenir : "Dans les années 70, aller chercher des frites assise derrière la mobylette de son mec, était le "must-la classe-la frime" ! On les mangeait devant la baraque, à l'arrière de la mob…" s'amuse Fanny Bouyagui. Le journaliste Bruno Masure, lui, évoque ses retours de la plage de Bray-Dunes, quand il était enfant, et l'arrêt tant désiré à la baraque de la grand place de Bailleul.

  

Un plaisir menacé

 

Pour illustrer ces cris du coeur, il y a les admirables photos de Rémy Robert qui est allé à la rencontre des "baraqueux", tout un été, sur les routes de la Côte d'Opale, où il en subsiste encore 25. Mais leur nombre ne cesse de décroître. "La baraque à frites : le plaisir des gens d'en bas – ça ils pourront pas nous l'voler !", écrit Gilles Defacque. Eh bien si ! Commerce de peu, elle est progressivement chassée de l'espace public par les hygiénistes et les urbanistes qui veulent l'intégrer dans des immeubles bâtis, constate l'architecte Franck Ghesquière, qui a consacré son diplôme de fin d'études à cet élément atypique du mobilier urbain. Sur certaines communes, comme Croix ou Marcq-en-Baroeul, elles sont interdites. A Lille, où elles sont exclues du centre-ville, il n'en reste plus que 5, contre 200 en 1890. Comme si elles faisaient honte aux élus locaux épris de modernité. 

  

Et pourtant, avant tout, la baraque à frites, ça respire bon la vie. C'est un point de rendez-vous, un lieu de chaleur et de sécurité, tard dans la nuit, sous la lumière des néons. C'est un reflet fidèle de ce Nord accueillant et sans manières, qui aime la fête et les nourritures simples ; l'expression joyeuse d'une culture populaire dont il a tout lieu d'être fier.

Souhaitons que "Le Nord de la frite" , outre le plaisir qu'il nous apporte, ouvre les yeux des responsables de tous poils, pour qu'en matière de restauration rapide, la vaillante baraque à frites du Nord, une pionnière en son genre, reste à jamais présente face aux envahissantes enseignes américaines…

 

 Pierre Bonte

 

 

 

Questions:

 

1) Combien de baraques à frites reste-t-il dans la région? Sur Lille?

 

2) De quel pays viennent les baraques à frites?

 

3) Quels étaient, à l'époque, leurs avantages?

 

4) Quels sont les lieux où l'on peut facilement trouver des baraques à frites?

 

5) Avec quel type de graisse cuisait-on les frites à l'époque?

 

6) Avec quels types de graisse les cuit-on aujourd'hui?

 

7) Comment mange-t-on traditionnellement les frites qui viennent de la baraque à frites?

 

8) Comment choisit-on le nom d'une baraque à frites?

 

9) Qu'est-ce qui correspond à l'image typique de la baraque à frites?

 

10) Le nombre de baraques à frites augmente ou diminue-t-il? Qu'est-ce qui peut expliquer ce phénomène?

 

11) Qu'est -ce qu'une baraque à frites, selon Pierre Bonte?

 

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